Qualification pour le bhakti-yoga : être libéré de l’envie

Les différentes voies spirituelles ont différentes exigences pour réussir. La voie du karma-yoga requiert une adhérence tenace aux injonctions védiques. La voie du jnana-yoga requiert un renoncement total du plaisir des sens et de l’attachement matériel.

Par Satyanarayana Dasa Babaji

Les différentes voies spirituelles ont différentes exigences pour réussir. La voie du karma-yoga requiert une adhérence tenace aux injonctions védiques. La voie du jnana-yoga requiert un renoncement total du plaisir des sens et de l’attachement matériel. En règle générale, toutes les voies requièrent un certain degré de détachement. Mais la voie de la bhakti requiert principalement une chose : être libéré de l’envie.

Le Shrimad Bhagavata (SB 1.1.2) commence en disant que la voie de la bhakti est pour ceux qui sont « nirmatsarta ». Ce mot veut dire « sans matsara » et matsara veut dire « le chagrin éprouvé face au succès ou à la bonne fortune d’autrui ». En français, le mot est généralement traduit par « envie ».

Ici, au tout début du Srimad Bhagavata qui est le livre qui définit le prema et qui est le point culminant de tous les efforts de Vyasa, Shri Vyasa lui-même dit que pour qu’une personne puisse embarquer sur la voie du bhakti-yoga, elle doit être absolument libérée de l’envie. À 100 degrés C., l’eau se transforme en vapeur mais pas à un degré de moins. De la même manière, le prema se manifeste dans le cœur lorsqu’une personne est complètement libérée de l’envie. Il ne peut pas y rester la moindre envie, pas même une trace !

Pourquoi l’envie nous disqualifie-t-elle du chemin de la bhakti ? Cela devient possible car l’envie est le contraire de la bhakti, c’est-à-dire de l’amour qui est l’état dans lequel l’on atteint le bonheur en contribuant à la fortune et au succès d’autrui.

L’envie est marquée par la rivalité. L’amour est marqué par la coopération. Sur la voie de la bhakti, nous coopérons avec d’autres dévots qui contribuent à la prospérité et à la réalisation des objectifs et des désirs de Krishna. Un bhakta ne sera surtout pas envieux de ceux qui pourraient apporter de la joie à Krishna.

Alors que l’envie est absente dans le monde de la bhakti, elle est en revanche omniprésente dans le monde matériel. La raison en est que dans le monde matériel, les ressources sont limitées et la demande est grande, ce qui force les gens à entrer en compétition les uns avec les autres. Sur le chemin de la bhakti, l’on est heureux de voir la prospérité d’autrui. L’envie est le contraire de la bhakti : si notre rival, ou notre concurrent, souffre ou échoue, nous sommes heureux. En vérité, nous passons beaucoup de temps, d’énergie et même d’argent à faire souffrir autrui.

Certains psychologues suggèrent qu’il y a deux formes d’envie : malicieuse et bénigne. L’envie malicieuse est complètement préjudiciable et nous force à désirer l’échec et le malheur d’autrui. L’envie bénigne peut agir comme une inspiration et une motivation positives. Nous voyons une personne qui possède ce que nous voulons et cela nous inspire à nous améliorer. L’envie bénigne peut être plus ou moins pure. Sous une forme moins pure, la motivation est de surpasser l’objet de l’envie. Sous sa forme pure, la motivation serait purement une amélioration personnelle et signifierait utiliser le but de l’envie simplement comme une mesure de succès et ainsi ne pas être fondamentalement opposé à tout autre succès ou progrès que cet objet peut atteindre.

La pure envie bénigne est très rare, peut-être même jamais trouvée dans le monde matériel. L’envie malicieuse et même l’envie bénigne impure font qu’elles nous empêchent de vraiment participer à la bhakti. Par sa nature même, c’est l’opposé de la bhakti, elle ne plaît de ce fait pas à Krishna et est repoussante pour les vrais dévots.

Krishna aime tous Ses dévots et Il ne veut pas les voir être blessés ou méprisés par un autre dévot.

Les gopis de Vrindavan incarnent la liberté absolue de l’envie : elles aiment toutes Krishna, mais n’éprouvent pas de sentiment de l’envie les unes pour les autres. Cela est très rare car dans les affaires romantiques, l’envie est commune à tous et est très intense. En effet, le mot sanskrit utilisé pour désigner un ennemi est « sapatna » (voir BG 2.8), lequel vient, lui, du mot sapatni qui veut dire « coépouse ». Typiquement, lorsque deux jeunes filles aiment le même garçon, elles finissent par se détester en essayant de se vaincre l’une l’autre et peuvent même nuire au garçon.

Si nous comprenons la définition de base de l’amour, qui est de donner du plaisir à l’objet même de l’amour, pourquoi une fille devrait-elle détester une autre fille qui veut aussi faire plaisir à son petit ami ? En réalité, si son amour était pur, elle devrait être contente qu’une autre personne veuille aussi faire plaisir à son objet d’amour, elle deviendrait alors son amie.

Cela semble surréaliste dans le monde actuel, mais cela se passe exactement de cette manière-là à Vrindavana. Une gopi devient contente en voyant une autre gopi faire plaisir à Krishna, surtout si cette gopi peut le faire différemment ou mieux qu’elle-même.

Lorsque Krishna eut quitté la danse rasa, les gopis partirent à Sa recherche. Lorsqu’elles surent qu’il avait pris Radharani avec Lui, elles se sentaient toutes très heureuses pour Radha et la félicitèrent en disant : « En effet, il est parti avec Radha car elle Lui fait un plus grand plaisir que nous-mêmes ».

Mon expérience personnelle est que l’envie est la maladie la plus répandue dans toutes les communautés de dévots. Cela provoque de la politique. Parfois un disciple montre même de l’envie envers son propre guru.

L’envie aboutit directement à la calomnie que vous retrouverez malheureusement partout dans tous les cercles de dévots. La calomnie aboutit à l’envie car l’envie ne peut être soulagée qu’en dépassant l’objet de l’envie (envie bénigne) ou en le tirant vers le bas (envie malicieuse). La première est beaucoup plus difficile car elle nécessite une certaine humilité et une amélioration de soi. La seconde est très facile : tout ce que vous avez à faire est de parler.

L’envie affecte souvent la façon dont les dévots servent leur guru. Les gens ont tendance à devenir envieux d’une personne à qui le guru accorde plus d’attention, de temps, d’affection ou de confiance. Cela devient difficile dans le milieu de dévots, car ils savent d’habitude que l’envie est un trait indésirable, alors ils la répriment et refusent de l’admettre en prétendant qu’ils sont plus avancés qu’ils ne le sont en réalité. Néanmoins, ils commencent à faire des commérages et à critiquer l’objet de l’envie parmi d’autres disciples et même directement face au guru. Ils ne glorifieront pas le dévot dont ils sont envieux, ils ne le soutiendront pas dans son seva. Bien au contraire, ils feront tout leur possible pour l’ignorer et minimiser son seva. Lorsque l’envie devient extrême, ils ne rendront même pas leurs salutations amicales en se croisant. De plus, ils feront tout ce qu’il faut pour saboter son seva ou s’ils sont de nature à faire de la politique, ils le glorifieront intelligemment juste comme une façade pour couvrir leurs envies qui brûlent à l’intérieur. Cependant, leur envie se manifestera de toute manière au cours de leurs actions.

Il faut noter que l’envie se manifeste envers ceux que nous percevons comme nos égaux, car ce sont eux qui sont nos principaux concurrents et rivaux. La très forte envie ne surgit pas envers ceux que nous considérons comme supérieurs à nous (car nous avons tendance à les voir comme des sources d’aide), ni envers ceux que nous considérons comme très inférieurs à nous (car nous avons tendance à les voir comme étant sans importance ou comme nos potentiels adeptes). Un mendiant n’est pas aussi envieux d’un millionnaire qu’il est à l’égard d’un autre mendiant qui a réussi mieux que lui. Ainsi, lorsque nous sommes parfois privés de la compagnie de dévots de notre propre calibre, nous pouvons nous sentir libres de l’envie, mais elle peut être latente dans notre cœur et se manifestera seulement lorsque nous aurons rencontré un autre dévot de notre calibre.

Les dévots veulent avoir Krishna dans leur cœur, mais Krishna ne résidera pas dans le cœur d’une personne envieuse. Ses membres sont tendres et sensibles, mais le cœur de la personne envieuse est très rugueux et acide.

Krishna dit qu’Il vient dans le monde matériel pour établir le dharma (BG 4.8). Il enseigne les différents types du dharma qui peuvent être regroupés en deux catégories : le varnasrama (mondain) et le parama (transcendant). Ultimement, le parama dharma est celui de la bhakti, ou l’amour, aussi connu comme bhagavata dharma, parama dharma, uttama bhakti, ananya bhakti, vraja bhakti, gopi bhava ou manjari bhava.

Pour établir la forme la plus élevée du parama dharma, Krishna Lui-même est venu sur terre en tant que Shri Chaitanya Mahaprabhu. Il a souligné l’importance du sankirtana, ce qui signifie chanter les gloires de Shri Krishna avec beaucoup de personnes en utilisant des instruments de musique. Et pour faire cela, les participants avaient besoin de coopérer ensemble, car s’il n’y avait pas de coopération, il n’y aurait eu que du bruit. Généralement, l’on pense que le sankirtana est juste du chant, alors que si nous réfléchissons bien, nous verrons que tout est fondé sur la coopération entre les participants et l’absence d’envie entre eux. Lorsque les dévots coopèrent ensemble dans le service de dévotion pour Shri Krishna, alors là cela devient la vraie musique : il y a de l’harmonie, de la paix et de la joie. C’est ce qu’a propagé Shri Chaitanya Mahaprabhu et c’est ce qu’Il voulait pour ses adeptes. Ce sont les raisons interne et externe de son apparition.

En gardant cet objectif de sankirtana à l’esprit, Shri Chaitanya Mahaprabhu a également prescrit les qualifications pour le faire dans son Sikshashtaka. Il a dit : il faut être humble, tolérant, respectueux et ne pas attendre du respect des autres pour soi-même. Si une personne est envieuse d’un autre dévot, alors elle ne sera pas humble ou tolérante et ne montrera pas de respect non plus. Elle ne s’attendra qu’à recevoir du respect et des honneurs pour elle-même. 

De ce fait, ce verset du Siksastaka répète la même prescription que celle qui se trouve au début du Srimad Bhagavata : « Il faut être libéré de l’envie ». Chaque dévot doit toujours garder cela à l’esprit pour atteindre le but visé : le prema

L’envie peut se cacher dans nos cœurs si nous n’interagissons pas beaucoup avec les autres dévots. Ainsi l’envie peut-elle persister plus longtemps. Lorsque nous essayons de servir en coopération avec d’autres dévots, c’est alors là que l’envie se révèle, ce qui est bon car nous devons l’identifier et l’éradiquer avant de pouvoir devenir stables et avancer dans la bhakti.

Je suggérerais et même demanderais à chaque dévot sincère suivant la pratique de la bhakti de recourir à l’introspection et d’ensuite déterminer à quel point vous êtes envieux.

J’ai été prudent en écrivant cela car je peux voir comment mes mots peuvent apparaître comme condescendants et critiques envers vous, bien que ce ne soit pas mon intention. Si vous prenez mes paroles de cette manière, pardonnez-moi. Mon intention n’est pas de vous critiquer, je souhaiterais juste vous aider à être conscients de cette anartha omniprésente afin que vous puissiez la déraciner. Car seul un dévot situé dans le prema en est libéré, cet article ne s’adresse certainement pas à lui.

Voici un petit questionnaire que j’ai créé pour que vous fassiez une introspection sur vos propres envies. Ces points ne sont que mes idées tirées de ma propre expérience de voir comment l’envie se manifeste dans les communautés de dévots. Ce n’est pas une directive absolue et je n’ai jamais essayé ce questionnaire sur personne. Vous allez peut-être vouloir effectuer l’introspection d’une manière différente avec un autre type de questions. 

A quel point suis-je envieux  ? (en anglais : “Just how envious am I ?” – “JHEAI”) 

  1. Parlez-vous du seva d’un dévot d’une manière négative ?
  2. Avez-vous des doutes sur les dévots qui ont réussi d’une manière ou d’une autre ?
  3. Minimisez-vous les contributions positives des autres ?
  4. S’il y a un projet dans lequel vous êtes impliqué et que quelque chose ne va pas, blâmez-vous un autre dévot pour le problème en oubliant votre propre rôle ?
  5. Lorsque vous essayez de connaître un autre dévot, avez-vous un grand intérêt spontané à connaître ses défauts ou ses faiblesses ?
  6. Si vous critiquez ou réprimandez un autre dévot ouvertement, vous sentez-vous heureux en le remettant dans le droit chemin ?
  7. Vous abstenez-vous de soutenir un dévot qui fait du seva dont vous ne voyez pas l’importance ou la valeur ?
  8. Côtoyez-vous uniquement les dévots qui sont liés à votre seva?
  9. Ressentez-vous un sentiment de bonheur lorsqu’un dévot rival fait face à des problèmes, lorsqu’il est réprimandé par un dévot aînée ou par son guru ?
  10. Vous sentez-vous mal à l’aise ou avez-vous une sensation de brûlure dans le cœur lorsque vous voyez un dévot faire mieux que vous ?
  11. Ressentez-vous des problèmes dans votre cœur lorsque votre guru ou un quelconque dévot apprécie un autre dévot ?
  12. Vous sentez-vous mal à l’aise lorsque vous voyez qu’un autre dévot a un lien étroit avec votre guru ?
  13. Remettez-vous en question le jugement du guru en termes de certaines de ses décisions et actions ?
  14. Etes-vous parfois ennuyé par le comportement de votre guru ?
  15. Empêchez-vous d’autres dévots d’avoir un lien étroit avec votre guru?
  16. Évitez-vous ou ignorez-vous un dévot que votre guru apprécie ?
  17. Imitez-vous un dévot que le guru ou d’autres dévots semblent apprécier ?
  18. Ressentez-vous un sentiment de plaisir lorsque vous entendez un dévot se faire critiquer ?
  19. Pensez-vous être libéré de l’envie ? 

Si votre note moyenne est 10 ou plus, vous avez un sérieux problème d’envie. Je vous proposerais de travailler sur les questions auxquelles vous avez répondu par un « oui ».

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