Le Soi et le libre arbitre dans la sampradaya de Shri Caitanya Mahaprabhu (conclusion)

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L’un des problèmes épineux du Vedanta est la relation de l’atman avec les trois gunas de la prakriti. Bien que conditionné par les gunas matériels, l’atman n’entre jamais en contact avec eux.

Incompatibilité entre atman et prakriti

L’un des problèmes épineux du Vedanta est la relation de l’atman avec les trois gunas de la prakriti. Bien que conditionné par les gunas matériels, l’atman n’entre jamais en contact avec eux. Les gunas de la prakriti ne sont pas inhérents à l’atman et n’ont aucun contact direct avec lui. Le soi n’a aucun type de relation avec les gunas, comme le contact (samyoga) par exemple, car l’atman n’a pas de corps. La relation n’est pas celle d’inhérence (samavaya) car les objets sont externes à l’atman et sont contraires à sa nature. La relation n’est pas non plus celle d’unité (svarupa) ou d’identification (tadatmya) car l’atman et les gunas sont opposés l’un à l’autre et l’identité entre eux est inconcevable. On comprend ici que l’atman n’est pas inerte, alors que les gunas le sont. L’atman ne subit pas de transformation alors que les gunas le font, donnant naissance à des éléments subtils et grossiers. L’atman ne donne naissance à aucun produit pouvant être expérimenté par les sens.

La Brihad-aranyaka Upanishad (4.3.15) déclare que l’atman n’est pas contaminé par le contact avec les gunas : « Le purusha est intact ». Pourtant, par le pouvoir inconcevable d’une puissance du Seigneur appelée maya, l’atman tombe sous l’influence de la prakriti.

Le Bhagavata Purana (3.7.9) dit : « Cette maya du Seigneur qui ne peut être comprise par la logique est la cause de l’asservissement et de l’ignorance du jiva, bien que par nature ce dernier soit supérieur à la matière et est libéré ». 

L’asservissement à la matière est causé par la maya

Le jiva (atman) est supérieur à la maya de prakriti parce que le premier est sensible et le second est inerte. L’atman a la capacité de réaliser son propre état transcendant, libre de toute misère. Il est au-delà de toute trace de gunas, mais il est lié par eux. Cela devient possible à cause de l’ignorance (avidya), une caractéristique de la maya. La maya est une puissance du Seigneur qui possède le pouvoir d’agir de manière inconcevable.

Le Bhagavata Purana indique à plusieurs reprises que la maya est la cause de l’asservissement d’un jiva. Shri Krishna dit ceci à Uddhava (SB 11.11.1-2) :

« Il est dit que le jiva se trouve dans un état conditionné ou libéré selon qu’il est influencé ou non influencé par les gunas de la prakriti contrôlés par Moi. Ces états ne sont pas liés à la nature essentielle du jiva. Comme la relation avec les gunas se fait par la maya, il n’y a pas de véritable asservissement, ni de libération. C’est Mon avis. De même qu’un rêve est une manifestation illusoire de la buddhi, de même le chagrin, l’engouement, la joie, la détresse et l’acceptation d’un autre corps se produisent par la maya et sont faussement attribués au soi ».

Ce conditionnement provient de l’identification de l’atman avec un corps subtil. En raison de cette identification, l’on accepte les qualités du corps subtil comme les siens.

Dans le verset suivant (11.11.3), Shri Krishna déclare que cette identification n’a pas de commencement. L’ignorance du jiva sur lui-même n’est pas une entité positive mais une « pré-inexistence » (prag-abhava) de la connaissance. Étant pré-inexistant, il n’a pas de commencement. C’est un manque sans commencement de l’entité positive connue sous le nom de connaissance exacte. En raison de cette ignorance sans commencement, le jiva est inconscient de sa véritable nature en tant qu’être conscient dépourvu de misère ; il s’identifie plutôt avec le corps, ses qualités, ses actions et ses modifications. Cela s’appelle le « malheur ».

La volonté de l’atman dépend d’Ishvara

Selon Sri Jiva Goswami, la luminosité de l’atman dépend de la puissance du Seigneur. L’atman n’est pas complètement indépendant. Ishvara est le principal connaisseur, acteur et jouisseur (jnata, karta et bhokta). Les jnatritva, kartritva et bhoktritva de l’atman dépendent d’Ishvara. Dans la Bhagavad Gita (15.15), le Seigneur Krishna dit que la mémoire, la connaissance et l’oubli d’un être individuel viennent de Lui. Il est la source de tout (10.8), le contrôleur de tous les êtres (BG 18.61) et Il est le bhokta (BG 13.22). Cela soulève évidemment la question de savoir si le jiva a une véritable liberté d’agir. Si le jiva n’a pas la liberté d’agir, alors les injonctions des écritures pour le jiva deviendraient dénuées de sens. Pourtant, nous pouvons comprendre de notre propre expérience que le jiva n’est pas complètement libre d’agir. Le jiva a une certaine liberté de choix.

Selon les règles de grammaire, celui qui agit peut être « celui qui inspire un autre à agir » (prayojaka), ou « celui qui agit sous l’inspiration ou la supervision d’un autre » (prayojya). Le jiva est le dernier type d’acteur (prayojya karta). Il est libre d’accomplir une action, mais ne peut être efficace sans l’approbation d’Ishvara. Dans la Bhagavad Gita, Ishvara est appelé celui qui surveille et qui autorise (BG 13.22). Ishvara est le prayojya karta car Il donne l’approbation de la volonté du jiva. Cela ne fait pas de Lui l’initiateur ou l’acteur de l’action, le jiva est l’initiateur et, de ce fait, l’acteur principal. Par conséquent, le résultat ne revient pas à Ishvara, mais au jiva. Cela est enraciné dans le concept de base du Vedanta selon lequel il y a une Réalité Absolue indépendante dont tout émane et dont tout dépend (BG 7.6, 9.10, la Katha Upanishad 5.12, la Brahma Samhita 5.1).

Une autre raison qui prouve que la volonté du jiva n’est pas entièrement libre, c’est qu’il est conditionné par son karma passé. La restriction de la liberté d’agir du jiva est proportionnelle à l’intensité de son ignorance et de son asservissement au plaisir que procurent les sens. Mais la liberté n’est jamais complètement perdue. Le conditionnement et la limitation de la volonté du jiva sont exactement comme un citoyen d’un État qui a certains droits fondamentaux et la liberté de fonctionner dans la société, mais s’il commet un crime, il est poursuivi par l’État et mis en prison. Là, sa liberté est restreinte, mais pas complètement.

Conclusion

Selon l’école de pensée de Shri Caitanya, il existe une Réalité Absolue appelée Bhagavan, qui a des puissances variées divisées en trois catégories, à savoir interne (antaranga), intermédiaire (tatastha) et externe (bahiranga). Le corps, les vêtements, les attributs, la demeure et les associés de Bhagavan sont tous des manifestations de la puissance antaranga. La création matérielle est une manifestation de la puissance bahiranga. Les êtres vivants individuels font partie de sa puissance tatastha

Les êtres vivants sont de deux types : libérés sans commencement (nitya mukta) ou assujettis à la matière sans commencement (nitya baddha). Le premier type a toujours été dévoué à Bhagavan et vit avec Lui dans Sa demeure. Le second type a toujours été sous l’emprise de la puissance bahiranga (maya) mais peut s’en libérer en devenant favorable à Bhagavan. 

Les jivas sont de taille anu et ils sont en nombre illimité. Ils sont conscients par nature et ont le potentiel de connaître, de vouloir et d’agir. Mais dans l’état conditionné, ce potentiel ne peut se manifester qu’à travers un corps matériel constitué de divisions subtiles et grossières. Toutes les fonctions de cognition, volonté, action et jouissance se produisent dans le corps matériel mais sont attribuées à l’atman car il est la cause directe derrière elles.

L’atman reste insensible à toutes les actions qu’il accomplit et aux plaisirs qu’il éprouve dans le domaine de la prakriti. Cela ne peut pas être expliqué par la logique et doit être compris comme la fonction de l’ignorance agissant en tant qu’énergie du Tout-Puissant. Cela ne peut être compris qu’en s’appuyant sur l’autorité des écritures et des écrits des personnes éclairées, et réalisé en suivant le processus prescrit par les écritures.

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