Le Soi et le libre arbitre dans la sampradaya de Shri Caitanya Mahaprabhu (2ème partie)

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Le premier verset de cette citation décrit ce que l’atman n’est pas : ce n’est pas le corps physique, ni l’esprit, ni l’intelligence, ni l’air vital ou l’ego car il est le témoin de tout cela, et le témoin est distinct de ce qui est observé.

Par Satyanarayana Dasa

Le premier verset de cette citation décrit ce que l’atman n’est pas : ce n’est pas le corps physique, ni l’esprit, ni l’intelligence, ni l’air vital ou l’ego car il est le témoin de tout cela, et le témoin est distinct de ce qui est observé. L’essence de ce verset est que l’atman n’est pas un objet matériel et il est donc immuable et indestructible. Le deuxième verset commence par une description positive de ce qu’est l’atman. Examinons cela plus en détail.

a) L’atman est conscient 

L’atman n’est pas inerte. Il infuse la conscience dans les corps subtils et grossiers par sa simple présence. Le corps subtil, tout comme le corps grossier, ne peut pas fonctionner sans être éclairé par l’atman. Cependant, l’atman ne nécessite aucune illumination d’ailleurs, il est auto-lumineux par sa nature même.

Un être humain éprouve trois états de vie :

  1. L’éveil, dans lequel on est conscient de son corps grossier ainsi que de son esprit.
  2. L’état de rêve, dans lequel on n’est pas conscient du corps grossier et dans lequel on fait des rêves, lesquels sont perçus dans l’esprit.
  3. Le sommeil sans rêve, dans lequel on n’est conscient ni du corps ni de l’esprit. L’atman est le témoin des trois états. 

Une entité insensible et inerte ne peut être témoin de rien. De ce fait, l’atman doit être conscient.

b) L’atman possède la conscience et il est conscient de soi

L’atman n’est pas une simple conscience, c’est une entité qui possède la conscience. C’est la conscience elle-même et, par conséquent, il est décrit comme « auto-lumineux » (svayam-prakasha). Des objets comme une table ou un livre, par exemple, ne s’illuminent pas d’eux-mêmes. Ils doivent être éclairés par une source lumineuse avant de pouvoir être vus. Une ampoule, cependant, est auto-éclairante, elle s’illumine elle-même ainsi qu’elle illumine les objets à proximité, mais une ampoule n’est pas consciente de ce qu’elle illumine, car elle est insensible, inerte. L’atman n’est pas seulement auto-éclairant, il est aussi conscient de soi. L’atman s’illumine lui-même ainsi qu’il illumine le corps. Il est conscient des choses qu’il illumine, y compris lui-même. Pour cette raison, l’atman est appelé cid-rupa, « conscient par nature ». Bien qu’il soit auto-lumineux comme une ampoule, l’atman ne révèle pas le corps aux autres, mais seulement à lui-même. Ce concept de l’atman est en contraste avec celui d’Advaita Vedanta, où l’atman est considéré comme étant une simple conscience, plutôt qu’une entité qui possède la conscience. Dans cette école, la conscience n’est vue que comme la nature de l’atman, mais non comme son attribut.

c) L’atman est immuable

L’atman ne subit aucune modification, seul le corps subit divers changements. Si l’atman était sujet à des changements, il ne serait pas témoin des changements dans le corps. Pour être témoin d’un changement, le témoin doit persister à travers les changements.

d) L’atman imprègne le corps et il est bienheureux

L’atman imprègne tout le corps de sa conscience, tout comme une ampoule située dans une partie d’une pièce la remplit de lumière. Il est cid-anandatmaka, ce qui veut dire que de par sa nature, il possède la sensibilité et la félicité. Ainsi, il n’est pas inerte, ni il n’existe aucune teinte de misère dans son svarupa non plus. Aucune misère ne peut jamais affecter l’atman. Cette nature bienheureuse du soi, anandatvam, peut être vérifiée sur la base de ce qu’elle est spontanément l’objet de l’amour de chacun, son propre soi est automatiquement l’entité la plus importante et la plus chère. Personne n’aime quelque chose de misérable, tout le monde aime les choses joyeuses. De par sa nature, le soi est très attractif, il s’ensuit qu’il doit être naturellement heureux et complètement libre de toute teinte de misère.

Tout ce que nous aimons, nous l’aimons en raison de sa relation avec nous-mêmes. Nous aimons notre corps tant que nous l’occupons. Nous aimons les autres tant que l’atman occupe leur corps. Une fois que l’atman quitte un corps, il devient répugnant et perd tout son attrait. Nous aimons les personnes et les objets que nous considérons comme étant en notre possession. Le sage Yajnavalkya a dit à sa femme Maitreyi que la femme n’aime pas son mari pour le bien du mari, mais pour le bien de soi (Brihad-aranyaka Upanishad 2.4.5). Cela démontre en outre que l’atman est heureux et, de ce fait, intrinsèquement attractif. Cependant, l’ananda du jiva n’est pas le même que celui de Bhagavan, dont la félicité est celle de l’énergie interne, antaranga-shakti. L’ananda de l’atman individuel signifie seulement être libéré de la misère, ce qui peut également être considéré comme un type de félicité.

e) L’atman est la signification du pronom « je »

L’atman est la signification du mot « je » (ahamartha). L’atman est le soi, il est l’objet du pronom « je ». En d’autres termes, c’est le sens du « je ». Le noyau du sens du « je » est la perception de soi, la sensibilité et la conscience. Comme l’atman est ce sens essentiel du « je », l’atman n’est autre que la perception de soi. Sans perception de soi, il n’est pas possible de s’identifier à quoi que ce soit, comme un corps matériel par exemple. Comme nous savons que l’atman devient effectivement absorbé par son identité corporelle, nous savons que l’atman doit avoir son propre sens du « je ». Celui qui n’a pas de sens de soi (« je », aham), ne peut s’identifier à rien d’autre.

Par conséquent, il est certain que l’atman lui-même possède une identité, un sens de soi individuel. Cette individualité inhérente et la perception de soi (« je ») de l’atman ne sont pas une cause d’asservissement à la matière lorsqu’elles reposent sur la nature pure de l’atman. Elles sont une cause d’asservissement à la matière seulement lorsqu’elles sont projetées sur un corps matériel. L’atman peut projeter le sens du « je » sur une masse de matière (prakriti) qui s’appelle corps. Ce faisant, l’atman s’identifie à la prakriti, pense qu’il est une parcelle de cette dernière et croit qu’il est l’auteur des actes qui sont en réalité accomplis par la prakriti.

Le concept de soi de l’atman s’appelle ahankara. L’atman peut cerner son ahankara autour de lui-même, ou peut le projeter sur autre chose, sur une identité alternative composée d’une substance extérieure : la prakriti. L’ahankara projeté sur le corps est inactif à l’état d’un sommeil profond. Au réveil, on en délibère avec des déclarations telles que: « J’ai dormi paisiblement et je ne me suis aperçu de rien ». La reconnaissance du fait que « je ne me suis aperçu de rien » montre que l’ahankara lié au corps n’est pas éternel et il peut devenir inactif. Cela montre également qu’il existe un autre ahankara qui observe ce manque de perception du soi conventionnel. Il est question ici de l’ahankara en relation avec l’atman. S’oublier dans un sommeil profond implique une ignorance de l’ego matériel, cela implique la présence de celui qui observe cette ignorance et qui au moment du réveil se souvient de tout. Ainsi, il existe un véritable « je » inhérent à l’atman, qui est l’ultime fondement du mot « je » ; il existe également un « je » matériel projeté sur des organismes faits de matière. Ce sont les deux ahankaras. Sans le véritable « je » de l’atman, il n’y aurait aucun fondement sur lequel le « je » matériel d’identification avec l’ensemble corps-esprit pourrait exister. Cela réfute la doctrine de l’advaita-vada selon laquelle il n’y a pas de véritable « je » dans l’atman.

f) Les atmans sont nombreux et infinitésimaux

En prouvant que la conscience du « je » fait partie de la nature de l’atman, il s’ensuit naturellement, selon les propos suivants de Jamatri Muni, que dans chaque corps il y a un atman différent. Il donne également une autre raison pour laquelle l’atman doit être différent dans chaque corps : il est anu (infiniment petit) bien qu’il diffuse sa conscience dans tout le corps. Comme il est infiniment petit, il est indivisible. Comme l’atman ne peut pas projeter son sens du « je » sur plusieurs corps différents, il doit y avoir un soi séparé dans chaque corps.

L’infinitésimale petitesse et l’indivisibilité de l’atman sont énoncées à plusieurs reprises dans les écritures. Dans le Srimad Bhagavatam (11.16.11), Krishna dit à Uddhava que l’atman est la plus infime des choses infimes : « Je suis la totalité des choses énormes (mahat-tattva). Des choses infimes, je suis l’atman (jiva) ».

Cela est également corroboré par les Shrutis :

« Ce “soi” est minuscule et doit être connu par l’intellect… » (Mundaka Upanishad 3.1.9)

« La taille de l’atman est comme un dix-millième de la pointe d’un cheveu » (Shvetashvatara Upanishad 5.9).

« Le jiva est comme la pointe d’un aiguillon » (Shvetashvatara Upanishad 5.8).

Cela réfute la doctrine de l’advaita-vada selon laquelle un atman est répandu dans tous les corps. Lorsque les écritures font des déclarations à cet effet (« [u]ne seule divinité est cachée dans tous les êtres », eko devaḥ sarva-bhūteṣu gūḍhaḥ, Shvetashvatara Upanishad 6.11), elles ne décrivent pas l’atman mais Paramatman.

g) L’atman fait partie de Paramatman

Le soi fait éternellement partie de Paramatman, même au stade libéré. Krishna le confirme dans la Bhagavad Gita (15.7) : « L’être vivant éternel fait véritablement partie de Moi-même ». Telle est la nature même de l’atman. L’atman n’est pas le résultat d’un revêtement ou d’une limitation imposée au Brahman, comme proposé par l’advaita-vada.

Dans le Bhagavat Sandarbha (section 15), Sri Jiva Goswami établit que Paramatman a naturellement une puissance translogique. L’atman est une particule d’un rayon de la puissance translogique de Paramatman, mais il peut exister à l’état conditionné sous l’influence de la matière. Étant un rayon de Paramatman, l’atman est éternellement sous Sa protection et ne peut pas exister sans Lui.

Selon le Vishnu Purana, l’atman est l’une des trois énergies du Seigneur. Les trois énergies sont : para (supérieure – énergie spirituelle, consciente), apara (inférieure – énergie matérielle, inconsciente) et kshetrajna (le connaisseur du corps – l’atman). L’atman est une troisième catégorie d’énergie car il ne peut être entièrement englobé dans aucune des deux autres catégories. Il est supérieur à l’énergie matérielle insensible, mais inférieur à l’énergie spirituelle consciente, car contrairement à l’énergie para, il peut venir sous l’influence de l’énergie apara.

Paramatman est un être éternel. De ce fait, Ses énergies sont éternelles, tout comme la relation entre Lui et Ses énergies. Par conséquent, l’atman fait éternellement partie de Paramatman, même au stade libéré. Les déclarations des écritures qui semblent indiquer une perte de cette relation distincte par la fusion de l’atman dans l’Absolu lors de la libération ne sont pas déroutantes quand nous comprenons qu’elles décrivent l’atman atteignant des qualités identiques à celles de l’Absolu. Voici des exemples de déclarations d’écritures qui expliquent cela clairement :

« Se libérant de l’état conditionné, un jiva atteint le statut égal à celui de  Paramatman ». (Mundaka Upanishad 3.1.3)

« Ceux qui ont atteint des qualités comme celles que Je possède en recourant à cette connaissance, ne renaissent plus au moment de la création, ni ils ne sont affligés au moment de la dissolution ». (Bhagavad Gita 14.2)

« Le connaisseur du Brahman devient en effet le Brahman » (Mundaka Upanishad 3.2.9). Cela signifie que l’atman libéré acquiert des qualités comme celles du Brahman.

« L’on atteint la nature du Suprême ». (Vedanta-sutra 3.1.23)

Dans le Paramatma Sandarbha (section 37), Sri Jiva Goswami déclare que l’atman ne fait pas partie de Bhagavan, mais de Paramatman qui contrôle la jiva-shakti et la maya-shakti. Il explique également le sens du terme « partie ». Ce dernier ne doit pas être pris au sens littéral, comme dans le cas d’une goutte d’eau qui fait partie de l’océan. L’atman est une « partie » de Paramatman car il appartient à l’une de Ses énergies et lui est subordonné.

L’on peut soulever un doute : si le jiva est une partie éternelle de Paramatman, comment peut-il exister à Vaikuntha, lequel est en dehors du domaine de Paramatman ? Dans ce cas, il faut comprendre que Paramatman et Bhagavan (la personnalité qui préside Vaikuntha) ne sont pas deux personnalités absolument distinctes. Paramatman est une expansion de Bhagavan. Ainsi Bhagavan Lui-même assume-t-il le rôle de Paramatman pour les jivas libérés. Dans le monde matériel, Bhagavan n’entre pas en contact direct avec les jivas conditionnés. C’est Paramatman qui contrôle la maya et les jivas. Une fois que le jiva aura été imprégné de la para-shakti, Bhagavan sera en contact direct avec lui.

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    — Babaji Satyanarayana Dasa
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