La pédagogie du Bhagavata Purana – Partie 1

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Par Satyanaranaya Das Babaji

Le Bhagavata Purana

Les chapitres quatre à sept du premier chant du Shrimad Bhagavata Purana racontent comment Shri Vyasadeva a composé la version actuelle de cette œuvre formidable. Après avoir organisé le Veda Unique en quatre parties, il écrivit dix-huit Puranas, y compris la version originale du Bhagavata Purana, le Mahabharata et le Vedanta-sutra.

Même après avoir composé une œuvre aussi prolifique, Shri Vyasadeva se sentit insatisfait. En réponse à cela et à la demande de son maître, Shri Narada Muni, il composa le Shrimad Bhagavatam ou le Bhagavata Purana, son œuvre littéraire majeure. Cette version révisée du Bhagavata Purana original était le résultat de l’expérience qu’il avait acquise en état de samadhi (SB 1.7.4-6).

Le but du Shrimad Bhagavatam est de glorifier la Vérité Suprême Absolue, connue sous le nom de Shri Krishna, pour le bien de l’humanité souffrante tout entière. Shri Vyasa appelle lui-même ce Purana le fruit mûr de l’arbre védique et le compare à la personnification du rasa ou de la délectation de la dévotion. Il est à déguster par les rasikas, les connaisseurs de rasa et est à savourer par les sahridayas, les gens au cœur sobre ou ceux dont le cœur est imprégné de sattva (SB 1.1.3)

Ainsi pouvons-nous dire que le Shrimad Bhagavatam est l’un des dix-huit Puranas possédant la caractéristique supplémentaire qu’est le rasa, ce qui le place également dans la catégorie de kavya (lit. poésie). Selon le Sahitya-darpana, un ouvrage de Vishvanatha Kaviraja sur la poétique servant d’autorité, le kavya est « vakyam rasatmakam kavyam » : ce dont l’essence même est rasa. Sans rasa, une œuvre poétique ne peut pas être appelée kavya.

Méthodes d’enseignement

Le fait que le Shrimad Bhagavatam est un kavya est exprimé dans un verset cité par Shri Jiva Gosvami dans son Tattva Sandarbha (anuccheda 26, cité également dans le Hari Lilamrita 1.9), qui établit également le Shrimad Bhagavatam comme la plus haute autorité dans la diffusion de la connaissance de l’Absolu :

vedāḥ purānaṁ kāvyam ca prabhur mitraṁ priyeva ca
bodhayantīti hi prābhus tri-vṛd bhāgavataṁ punaḥ

« Les Vedas, les Puranas et les œuvres poétiques (kavya) instruisent chacun comme un maître, un ami ou un bien-aimé respectivement, mais le Srimad Bhagavatam instruit comme les trois ».

Cette déclaration reflète la compréhension traditionnelle prévalant en Inde selon laquelle il existe trois méthodes d’enseigner à quelqu’un : comme un souverain, un ami ou un amant. Les Vedas utilisent le mode impératif et parlent comme un suzerain : « satyam vada dharma cara » – « dis la vérité et sois religieux » (Le Taittiriya Upanishad 1.11). Les Vedas n’ont pas besoin d’offrir des raisons logiques pour suivre leurs instructions, car l’on est censé obéir sans poser de questions. Les Puranas instruisent comme un ami, racontant des histoires avec une conclusion et une morale, et fournissant des explications raisonnées si nécessaire. Le kavya, ou littérature poétique, donne des conseils comme une femme bien-aimée qui utilise des mots doux tout en les communiquant indirectement. De telles instructions sont exprimées d’une manière esthétiquement agréable pour attirer le lecteur ou l’auditeur. Pour enseigner, le Shrimad Bhagavatam utilise ces trois méthodes.

Pour transmettre son intention, le kavya a recours au lakshana-vritti (sens implicite) et au vyanjana-vritti (sens figuré). En poétique, le vyanjana-vritti est considéré comme la beauté essentielle d’un texte à caractère poétique. Si quelque chose est dit directement, les kavis, ou les poètes savants, le considèrent plutôt bon marché et grossier. Dans le kavya, le rasa est principalement fondé sur le vyanjana-vritti, en particulier le madhurya rasa.

Par conséquent, les pièces de théâtre et les œuvres poétiques indiennes sont très riches en expressions au sens figuré (vyanjana). Comme indiqué au tout début du Shrimad Bhagavatam (SB 1.1.2), cet ouvrage est un rasa shastra et il a très souvent recours aux lakshana et vyanjana-vrittis, en particulier dans le dixième chant.

Les dix sujets du Bhagavata Purana

En énumérant les dix sujets du Bhagavata Purana, Shukadeva Gosvami affirme que pour les expliquer, le Bhagavata Purana a recours à des déclarations indirectes.

atra sargo visargaś ca sthānaṁ poṣaṇam ūtayaḥ
manvantareśānukathā nirodho muktir āśrayaḥ

« Dans ce livre, sont décrits les dix sujets suivants : sarga [la mise en mouvement originelle de la nature primordiale par le Seigneur, c’est-à-dire la création primaire], visarga [la création secondaire de l’être cosmique primordial, Brahma], sthana [la subsistance des êtres vivants], poshana [la miséricorde manifestée par le Seigneur dans l’éducation de ses fidèles], uti [les empreintes et les désirs subconscients qui favorisent l’engagement dans une action orientée vers un but], manv-antara [la voie religieuse adoptée par les Manus], ishanukatha [récits du Seigneur et de Ses dévots], nirodha [dissolution de la création], mukti [la libération] et ashraya [le substrat ou le refuge ultime de l’être individuel et collectif] ». (SB 2.10.1)

Le verset suivant du Bhagavata Purana fournit une description plus détaillée :

daśamasya viśuddhy-arthaṁ navānām iha lakṣaṇam
varṇayanti mahātmānaḥ śrutenārthena cāñjasā

« Les neuf premiers sujets sont décrits pour rendre le dixième sujet explicite, les grands érudits expliquent [un sujet] parfois directement ou à travers le sens littéral et parfois indirectement ou à travers le sens impilcite ». (SB 2.10.2)

Shri Jiva Gosvami commente dans son Tattva Sandarbha (anuccheda 56) :

« Pour clarifier le sens du dixième sujet décrit ici, les atmas très élevés [mentionnés dans ce livre, tels que Vidura et Maitreya] décrivent les caractéristiques des neuf premiers sujets, parfois directement, en offrant des prières de glorification et en utilisant des mots qui décrivent d’une manière éloquente l’objet visé, et parfois indirectement, en soulignant le sens voulu (artha) [c’est-à-dire, tatparyam], implicite dans diverses narrations ». 

Le Shrimad Bhagavatam aborde dix sujets, en commençant par la création primaire, mais le véritable objectif des sages décrivant les caractéristiques des neuf premiers est de nous fournir des informations systématiques et une connaissance lucide du dixième sujet, qui est le refuge ultime de tout être, Shri Krishna. On pourrait objecter ici qu’on ne voit pas exactement comment la discussion des neuf autres sujets élucide le dixième À cela, nous répondons que dans le Bhagavata Purana, les sages décrivent le dixième sujet à la fois directement (shrutena), en récitant explicitement des prières et d’autres déclarations, et indirectement (arthena), à travers le sens implicite (tatparya) de divers récits historiques.

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