Deux divisions de la pure bhakti – Partie 2

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La fonction naturelle (svabhavika vritti) des sens en relation avec la bhakti est de deux types. Le premier se produit lorsqu’une personne suit les instructions des écritures afin d’approcher un enseignant spirituel, recevoir ses instructions et pratiquer ainsi une pure dévotion.

Vaidhi, raganuga et svabhavika bhakti 

La fonction naturelle (svabhavika vritti) des sens en relation avec la bhakti est de deux types. Le premier se produit lorsqu’une personne suit les instructions des écritures afin d’approcher un enseignant spirituel, recevoir ses instructions et pratiquer ainsi une pure dévotion. En pratiquant régulièrement la dévotion, l’aspirant passe aux étapes de nishtha, ruci et asakti, dans lesquelles ses sens deviennent naturellement dévoués au Seigneur, de la même manière que les personnes ordinaires ont une attirance naturelle envers leur conjoints, leurs enfants, etc. Cette fonction est le résultat de la vaidhi bhakti.

Le second type se produit lorsqu’une personne, en raison d’un samskara particulier, atteint par la grâce d’un grand dévot dans la vie présente ou passée, engage naturellement ses sens dans les activités de dévotion décrites dans la littérature sur la bhakti après avoir entendu les instructions d’un enseignant spirituel ou même avant cela, sans dépendre d’aucune injonction scripturaire. De telles activités de dévotion sont considérées comme svabhavika ou naturelles dans un sens beaucoup plus complet.

Le premier type de la bhakti est appelé « vaidhi bhakti », le second – « raganuga bhakti ». La bhakti peut généralement être supérieure en qualité ou en quantité. La quantité signifie ici que si l’on s’engage davantage dans ce type de bhakti, soit par rapport à la durée, soit par rapport à l’intensité, alors elle sera supérieure à la bhakti pratiquée de manière moins intense ou pendant une durée plus courte. L’autre critère de supériorité est la substance. À titre d’exemple, l’or est supérieur au fer : un gramme d’or est supérieur à un gramme de fer. En quantité, 100 grammes d’or sont supérieurs et sont plus précieux que 10 grammes, alors qu’en matière de substance, il n’y a pas de différence entre les deux. De la même manière, la raganuga bhakti est supérieure à la vaidhi bhakti en matière de substance. La vaidhi bhakti n’est considérée comme supérieure que d’un point de vue de quantité. Cependant, dans la vaidhi et la raganuga bhakti, la supériorité est mesurée par la quantité.

Ainsi les versets 39-42 illustrent-ils la distinction entre les deux types. L’essentiel est que le vaidhi-bhakti s’inspire de l’écoute des instructions des écritures incitant quelqu’un à s’engager dans la bhakti. Lorsque l’inspiration ne dépend d’aucune injonction des écritures, mais coule uniquement grâce à un goût pour la dévotion, cela s’appelle « raganuga bhakti ». Comme l’inspiration d’une telle dévotion découle de la nature même de la personne, Shri Vishvanatha Cakravarti Thakura l’appelle « svabhaviki » (« naturelle »). La vaidhi bhakti n’est pas naturelle pour le pratiquant, ainsi Cakravartipada l’appelle « asvabhaviki » (« pas naturelle »). Cependant, il note que lorsque cette bhakti atteint le stade de bhava, elle n’est plus inspirée par des injonctions scripturaires et devient la nature même d’un dévot, alors elle sera également appelée « svabhaviki ». 

Bien que cela soit naturel au stade de bhava, ce n’est toujours pas la raganuga bhakti. Il ne devrait y avoir aucun malentendu en pensant que la vaidhi bhakti mène naturellement à la raganuga bhakti. Il doit être clairement compris qu’il existe deux sortes de svabhaviki bhakti : l’une est le stade parfait de la vaidhi bhakti et l’autre est la raganuga bhakti, qui est naturelle depuis le début. La seconde, la raganuga bhakti, est qualitativement supérieure, tout comme l’or est supérieur au fer.

Le résultat positif de la vaidhi sadhana bhakti est la svabhaviki vaidhi bhakti. De la même manière, le résultat positif de la raganuga sadhana bhakti est la svabhaviki raganuga bhakti, mais la raganuga sadhana a la vertu d’être svabhaviki même dans la pratique.

L’exemple de la svabhaviki bhakti est le verset 3.25.38 :

na karhicin mat-parāḥ śānta-rūpe naṅkṣyanti no me ‘nimiṣo leḍhi hetiḥ
yeṣām ahaṁ priya ātmā sutaś ca sakhā guruḥ suhṛdo daivam iṣṭam

« O ma mère, la joie de Mes dévots et de Ma demeure n’est jamais détruite. Ma roue du temps n’afflige pas les dévots pour qui Je suis leur atma, [leur] amant, [leur] fils, [leur] ami, [leur] aîné, [leur] compagnon ou [leur] déité d’adoration ».

Le verset illustre la svabhaviki bhakti car il montre la bhakti motivée par un sentiment naturel de la relation personnelle avec Krishna.

La bhakti accorde la libération sans effort 

La bhakti qui ne survient pas naturellement, asvabhaviki bhakti, est inférieure à tous égards à la fois à la svabhaviki vaidhi et à la svabhaviki raganuga, mais elle est toujours comptée comme de la bhakti car elle partage la qualité essentielle d’être sans arrière-pensée. Les versets 3.25.39 et 40 du Srimad Bhagavata le démontrent en illustrant le cas de dévots qui ont abandonné tout intérêt ultérieur en faveur du service de Krishna :

imaṁ lokaṁ tathaivāmum ātmānam ubhayāyinam
ātmānam anu ye ceha ye rāyaḥ paśavo gṛhāḥ
visṛjya sarvān anyāṁś ca mām evaṁ viśvato-mukham
bhajanty ananyayā bhaktyā tān mṛtyor atipāraye

« Je porte au-delà du cycle de la naissance et de la mort ces dévots qui ont abandonné tout attachement à leur femme, à leurs enfants, à leurs richesses, à leurs animaux, à leur maison et à d’autres biens de cette nature, ainsi que leur attachement aux plaisirs du monde céleste, et qui M’adorent dans toute chose ».

Tout type de la bhakti pure accorde la libération comme effet secondaire. Le verset 3.25.33 du Srimad Bhagavata l’énonce en commençant par le mot « jarayati ». Cette bhakti consomme et détruit (jarayati) le corps subtil (kosha). Or, la libération atteinte par la bhakti est différente de celle atteinte par le jnana. L’analogie de la nourriture digérée par le feu digestif illustre cela. Le feu digestif détruit les parties inutiles de la nourriture, mais conserve le reste pour l’alimentation du corps. De la même manière, la libération grâce à la bhakti détruit les choses inutiles comme les objets des sens matériels, les sens matériels et le sentiment matériel d’être l’auteur de l’action, mais elle préserve les choses liées à Bhagavan, telles que Son nom.

La déclaration de la Shruti : « [Je suis] l’œil de l’œil et l’oreille de l’oreille » (La Brihad-aranyaka Upanishad 4.4.8) confirme que dans l’état de parfaite libération, seule la forme matérielle non essentielle du sens est détruite, tandis qu’une forme plus profonde et spirituellement utile du sens demeure. Ce sont ces sens spirituels qui constituent le corps des dévots parfaits. Les écritures confirment que les corps des dévots parfaits sont exempts de composants matériels. Par exemple, le verset 7.1.34 (35 dans certaines éditions) du Srimad Bhagavata dit :

dehendriyāsu-hīnānāṁ vaikuṇṭha-pura-vāsinām
deha-sambandha-sambaddham etad ākhyātum arhasi

« Les habitants du Vaikuntha n’ont pas de corps, de sens ou d’air vital (matériels). Veuille expliquer comment ils pourraient devenir liés aux limitations d’un corps (matériel) ».

Ce verset déclare que les dévots parfaits qui résident au Vaikuntha sont dépourvus de corps, de sens ou d’air vital. Cela signifie qu’ils n’ont pas de corps, de sens et d’air vital matériels.

Les dévots atteignent cette libération du corps matériel sans effort. Tout comme le feu digestif consomme de la nourriture sans exiger d’effort conscient de la part de celui qui mange, un dévot ne sait pas comment son corps matériel, son esprit, ses sens, etc., sont consumés par la dévotion : cela se produit sans effort. La bhakti libère sans effort de la part d’un dévot qui est régulièrement engagé dans la pratique spirituelle en savourant la douceur des activités de dévotion telles que le kirtana et, de ce fait, même le dévot n’a aucune conscience de la façon dont il s’est libéré.

Comme il est dit dans le verset 10.2.30 du Srimad Bhagavata : une personne marchant sur un sentier ne fait aucun effort conscient pour traverser l’eau contenue dans l’empreinte du sabot d’une vache. De la même manière, les dévots traversent l’océan du monde matériel même sans faire un quelconque effort en vue d’acquérir les trois étapes du brahma-jnana.

Il est dit dans la Mundaka Upanishad (3.2.3) : « Bhagavan ne peut pas être atteint en prononçant des discours éloquents, ni par un bon intellect ou par une étude abondante des shastras. Seul celui qui reçoit Sa grâce peut L’atteindre. À lui, ce Bhagavan révèle Son propre Soi ». Cette « grâce » est la bhakti. Celui qui atteint la pure bhakti atteint sans effort ce qui ne peut autrement être atteint par le plus grand des efforts.

Comme il est dit dans la Shvetasvatara Upanishad : « Ce n’est qu’en Le réalisant que l’on va au-delà de la mort » (3.8). Dans cette déclaration, le mot « eva » (« seulement ») signifie que l’on n’atteint la libération qu’en réalisant la douceur et la grâce de Bhagavan.

Personne ne peut réaliser le Seigneur par la connaissance seule. La grâce de la bhakti est une exigence absolue. Les déclarations suivantes du shruti et de la smriti le démontrent :

« Les mots et les pensées, incapables de Le saisir, retournent à eux-mêmes. » (La Taittiriya Upanishad 2.4.1)

« Celui qui dit : “Je ne comprends pas Bhagavan en entier”, sait et son opinion est correcte. Mais celui qui dit : “Je comprends Bhagavan”, ne sait point ». (La Kena Upanishad 1.2.3)

« Même les devas ne connaissent pas le Seigneur car Il est illimité ». (SB 10.87.41)

Une autre implication de l’analogie du feu digestif est que la libération accordée par la bhakti détruit la libération inutile de l’identité absolue entre un individu et le Brahman. Elle est inutile car elle ruine l’occasion d’avoir une relation d’amour avec le Seigneur. La bhakti accorde seulement les formes de libération qui nourrissent les occasions d’avoir davantage de bhakti.

Une autre implication de cette analogie est que la digestion commence dès la première bouchée, mais il faut neuf à douze heures pour la terminer complètement. De la même manière, le service de dévotion commence à détruire le chagrin et l’illusion du monde matériel dès le début, mais la libération complète de ces choses se produit avec le temps. Par conséquent, bien que le chagrin et l’illusion des dévots ne soient pas complètement éliminés au stade initial de la pratique, nous ne devrions pas dire que les dévots sont liés au monde matériel. Leur émancipation complète n’est qu’une question de temps.

Conclusion

Ainsi Shri Kapila définit-il la bhakti comme des activités des sens en relation avec Bhagavan, accomplies sans aucune autre motivation que de Lui faire plaisir et qui ne sont pas obscurcies par des activités non essentielles adaptées à la poursuite du jnana ou du karma, accomplies selon les injonctions énoncées dans la littérature sur la bhakti par une personne qui a accepté un mantra d’un maître spirituel. Cette bhakti a deux divisions : vaidhi et raganuga. Au début, en tant que sadhana, la vaidhi bhakti manque d’intensité et est asvabhaviki : elle est pratiquée extérieurement, sans inclination naturelle. Cependant, lorsque cette pratique atteint une maturité, elle devient naturelle (svabhaviki) au stade parfait (sadhya) en tant que vaidhi-bhava-bhakti.

Si dès le début cette bhakti est pratiquée avec une inclination naturelle et un sentiment d’avoir une relation avec Krishna, même pratiquée de manière imparfaite ou pas très intense, elle est appelée « raganuga sadhana bhakti ». Lorsqu’elle atteint une maturité, elle devient raganuga bhava bhakti. Cette distinction entre vaidhi bhava bhakti et raganuga bhava bhakti est également décrite dans le Bhakti-rasamrita-sindhu.

Il devient très clair de cette explication de Vishvanatha Cakravarti Thakura que depuis leur commencement, la vaidhi bhakti et la raganuga bhakti sont deux classes distinctes de la bhakti et elles continuent à rester séparées même dans leur état de perfection. La confusion survient car la vaidhi bhakti mène à une svabhaviki bhakti qui a quelque chose en commun avec la raganuga bhakti, à savoir l’inclination naturelle. Cependant, la pratique de la vaidhi bhakti ne conduit pas automatiquement à la raganuga bhakti. Les graines de vaidhi et de raganuga sont distinctes et donnent des résultats distincts. Bien que la même terminologie soit utilisée pour les deux – à savoir sadhana bhakti, bhava bhakti et prema bhakti –, il faut savoir que ces trois divisions de la bhakti relatives à la vaidhi et à la raganuga bhakti sont complètement distinctes. Cela est très clairement indiqué dans le Bhakti-rasamrita-sindhu (1.2.1 et 1.2.5-6).

Radha Madhava / Vrindavan Art

 

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