Charité bien ordonnée commence par soi-même

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J’ai observé un phénomène très particulier à Vrindavana : il y a de nombreux sadhus qui disent qu’il faut changer le monde et il y a beaucoup de fiducies, de sociétés et d’instituts ici dont les noms contiennent des mots comme « paix mondiale », « international », « amour universel », etc. Cependant, malgré tant d’organisations et d’individus, le niveau de paix ou d’amour dans le monde ne semble pas s’améliorer.

Par Satyanarayana Das Babaji

J’ai observé un phénomène très particulier à Vrindavana : il y a de nombreux sadhus qui disent qu’il faut changer le monde et il y a beaucoup de fiducies, de sociétés et d’instituts ici dont les noms contiennent des mots comme « paix mondiale », « international », « amour universel », etc. Cependant, malgré tant d’organisations et d’individus, le niveau de paix ou d’amour dans le monde ne semble pas s’améliorer. Il doit y avoir une raison à cela.

Je rencontre également de nombreuses personnes de la société ordinaire et elles aussi ont un point commun : blâmer toujours quelqu’un d’autre pour ses problèmes. Leur patron, leur conjoint ou leur belle-mère rendent leur vie misérable. Quel que soit le parti politique au pouvoir, c’est le pire de tous. Dieu, selon eux, est sadique ou, au mieux, indifférent ; sinon pourquoi y aurait-il tant de souffrance ?

Les deux groupes semblent très différents : l’un s’efforce de changer le monde, l’autre s’en plaint constamment. Mais je pense qu’ils ont beaucoup en commun : les deux souhaitent que le monde soit différent, et ni l’un ni l’autre ne semblent trop penser à se changer soi-même.

C’est un effet du rajas et du tamas.

Les effets du rajo-guna

Le rajo-guna nous pousse à éprouver envers les autres de la fierté et de la supériorité. Cela donne une trop grande confiance, nous incitant à lutter pour des choses que nous ne sommes pas qualifiés à accomplir. Cela nous donne aussi envie de reconnaissance afin d’être reconnus comme étant la personne la plus compétente et la plus puissante qui soit. Le rajas n’accorde jamais la paix, il suscite toujours l’ambition, donnant faim à de nouvelles acquisitions et nous faisant sous-apprécier ce que nous avons déjà.

Ceux qui occupent des postes de pouvoir et de prestige ont généralement une prédominance du rajo-guna, sinon, ils n’auraient pas la carrure et la volonté de supporter les attaques et les manipulations nécessaires pour « atteindre le sommet ».

Dans des institutions qui se veulent spirituelles et qui valorisent fortement le sattva-guna, les dirigeants n’aiment pas admettre qu’ils sont se trouvent principalement sous l’influence du rajas. Leur ego et leur intelligence fonctionnent de pair pour justifier leur comportement rajasique en disant que c’est un mal nécessaire, ou même un acte de compassion. Mais si quelqu’un n’est pas d’accord, ils commencent à politiser, marginaliser et exclure le dissident, ce qui révèle à quel point ils sont vraiment sous l’emprise de rajas.

Les gens rajasiques ne sont pas mauvais. Ils sont précieux et nécessaires dans n’importe quelle société. Sinon, qui d’autre « élargirait les frontières », gérerait et dirigerait les gouvernements ? Les gens  rajasiques peuvent rendre un très bon service tant qu’ils travaillent honnêtement sous la direction sattvique. Mais quand ils refusent cela et se font passer pour des conseillers sattviques eux-mêmes, ils font des ravages.

Les effets du tamo-guna

Le tamo-guna nous emmène constamment à nous plaindre et à avoir un esprit pessimiste. Cela nous ennuie tellement que nous ne remarquons même pas à quel point notre comportement est négatif ou comment il affecte les autres. Notre concentration est fermement ancrée dans le passé, et nous sommes obsédés par les torts qui nous ont été causés il y a des semaines, des mois et des années. Paresseux, nous vivons comme des parasites qui bavardent, critiquent et ignorent l’hypocrisie qu’ils incarnent.

Le tamo-guna draine l’énergie des autres comme un « vampire énergétique ». Il lui manque l’ambition et la bravoure du rajas mais pas l’égocentrisme, alors cela finit par nous faire rivaliser avec les autres en ayant recours à la tromperie et à la jalousie. Cette obscure compétition s’étend à pratiquement tout le monde car, dans le tamo-guna, il est difficile de trouver quelqu’un qui ne soit pas plus intelligent, plus beau ou plus réussi que nous.

Réduire le rajas et le tamas

Sur le chemin de la bhakti, les dévots qui suivent une sadhana sont généralement encore plus ou moins sous l’influence des gunas matériels et continuent ainsi à ressentir certains des effets négatifs du rajas et du tamas dans leur vie et dans leurs groupes. Mais à mesure que nous progressons spirituellement, nous devrions sentir ces gunas se relâcher. Au fur et à mesure que cela se produit, nous devenons progressivement plus capables de percevoir avec précision nos propres défauts et nous commençons à apprécier les bonnes qualités chez les autres.

Quasiment personne ne peut faire cela sans trouver refuge auprès d’un guru et être guidé par lui. Les dévots les plus intelligents peuvent imiter secrètement le progrès spirituel, en citant les écritures et en manipulant les arguments philosophiques. Néanmoins, les effets du rajas et du tamas mentionnés ci-dessus continuent de dominer leur vie personnelle et les groupes sociaux qu’ils forment.

Le rajas et le tamas déplacent toujours l’attention vers les autres ainsi que vers les choses externes. Ainsi, les aspirants spirituels sous l’influence de ces gunas se concentrent sur l’imitation des symptômes externes de l’avancement spirituel et restent obsédés par les défauts d’autrui. Nous changeons nos vies superficiellement, mais pas de l’intérieur. Nous changeons sans vraiment changer. Nos changements ne touchent pas notre personnalité.

Pour faire de réels progrès dans la vie, il faut d’abord nettoyer sa propre maison. Le vrai changement commence lorsque nous devenons capables de reconnaître comment le rajas et le tamas conduisent nos propres pensées et actions.

Cela demande une introspection, mais je pense que les gens ne comprennent pas vraiment ce que signifie ce mot. Cela ne signifie pas demander au guru de nous signaler nos défauts et nos samskaras, ou de critiquer le guru car il ne nous fait pas nous sentir bien. L’introspection n’est pas non plus une technique du Nouvel Âge dont le guru n’est pas conscient et à laquelle il doit être formé. L’introspection signifie retrousser nos manches et faire le dur travail de nettoyer notre cœur (citta).

La perturbation de l’esprit moderne

Dans le passé, lorsque la société était simple et non influencée par la technologie moderne, les pratiques traditionnelles de la sadhana comme le japa, le kirtana, le lila-smarana, l’adoration des déités, l’écoute des écritures et le seva étaient suffisantes pour qu’une personne progresse spirituellement. Cela s’explique par le simple fait qu’en ces temps-là, les personnes naissaient et grandissaient dans un environnement où elles étaient nourries par le système du varnashrama, dans lequel elles étaient éduquées sur leur identité et le but de la vie. Elles avaient une tendance naturelle à accepter l’autorité et à s’abandonner. Elles étaient déjà dans un état de sattva.

Cependant, de nos jours, la société a radicalement changé. Par conséquent, les pratiques traditionnelles, bien qu’aussi puissantes qu’elles l’étaient dans le passé, ne montrent pas leur effet car l’esprit est instable, confus et douteux. L’esprit moderne manque de foi profonde et est très peu sûr de lui. Nous ne sommes pas entraînés à nous abandonner. Bien au contraire, le monde moderne regorge de distractions intenses et de technologies rajasiques. Très peu de personnes sont élevées avec une compréhension solide et rationnelle des concepts philosophiques de base. Nous confondons autorité avec tyrannie et acceptation de conseils avec faiblesse personnelle. De plus, le tamas et le rajas dans nos familles modernes, dysfonctionnelles et chaotiques infligent depuis notre plus jeune âge des traumatismes profonds qui génèrent une hypersensibilité face à la critique, au rejet et au fait d’être mal-aimés par ceux qui font figure d’autorité.

Ainsi, la plupart des gens viennent à la bhakti pour guérir les blessures de la vie moderne et non pour une véritable évolution spirituelle. Nous nous engageons dans la sadhana spirituelle régulière principalement pour être acceptés dans des groupes sociaux qui, nous l’espérons, combleront le vide que nous portons dans nos cœurs depuis notre enfance endommagée. Notre véritable motivation, souvent inconnue de nous, est de trouver une famille de substitution. Ainsi, nous ne nous intéressons guère à la véritable introspection pour purifier nos cœurs des comportements réflexifs et des perceptions (samskaras) qui nous maintiennent coincés dans le rajas et le tamas

Si nous pouvions vraiment nous abandonner, nous n’aurions besoin que de la sadhana de base pour nous amener à notre objectif de Krishna-prema. Mais cela ne se produit généralement pas. La plupart d’entre nous n’ont peut-être aucune idée de ce que signifie réellement un tel « abandon ».

La nécessité d’un guide personnel

Les pratiques spirituelles sont efficaces lorsqu’elles sont effectuées sans défauts significatifs. Il est extrêmement rare pour une personne de voir de manière cohérente et précise ses propres défauts. C’est pourquoi un guide, le guru, est si essentiel. Je suggérerais, au moins, que les pratiquants spirituels demandent régulièrement aux gens qu’ils connaissent, même ceux dont ils sont jaloux, de leur signaler leurs défauts s’ils ne peuvent pas les voir eux-mêmes. Ou bien, tous les pratiquants spirituels devraient avoir des oreilles très ouvertes et non défensives lorsqu’une observation de leurs défauts est volontairement offerte.

J’ai toujours présumé que ceux qui viennent à la vie spirituelle le font principalement pour résoudre leurs propres problèmes. C’est ce que dit Krishna dans la Bhagavad Gita (7.16) en expliquant que ceux qui se tournent vers Lui essaient de résoudre les problèmes financiers, les problèmes de santé, les problèmes émotionnels ou, dans de rares cas, l’ultime problème de l’asservissement à la matière. Dans le verset suivant (7.17), Krishna explique que ceux qui adoptent la bhakti appartiennent principalement à cette rare quatrième catégorie. Cependant, il semble que même eux, une fois qu’ils ont adopté les pratiques de la bhakti au moins en apparence, oublient rapidement leur objectif initial et se fixent sur l’idée d’aider l’humanité.

Une personne ligotée est très inefficace pour libérer les autres. Comme il est dit : « kathaṁ asiddhaḥ paraṁ sādhayati » – « Comment un être imparfait peut-il créer quelque chose de supérieur ? » Une personne qui a encore du rajas et du tamas dans son cœur ne peut pas aider le monde à se débarrasser des effets du rajas et du tamas. Une personne qui n’a pas résolu ses propres problèmes ne peut pas résoudre les problèmes du monde.

Par conséquent, même si notre motivation est de sauver le monde, nous ne pouvons le faire qu’en examinant nos propres défauts et en les guérissant.

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