La mauvaise application du principe « tu n’es pas ce corps »

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Toute pratique spirituelle est fondée sur un principe philosophique. Les écoles de pensée indiennes diffèrent sur des détails mais partagent de nombreux principes communs. En réalité, l’un de ces principes les plus courants et les plus fondamentaux parmi toutes les écoles est le concept « je ne suis pas ce corps ».

Par Satyanarayana Das Babaji

Toute pratique spirituelle est fondée sur un principe philosophique. Les écoles de pensée indiennes diffèrent sur des détails mais partagent de nombreux principes communs. En réalité, l’un de ces principes les plus courants et les plus fondamentaux parmi toutes les écoles est le concept « je ne suis pas ce corps ». C’est le premier principe que Shri Krishna nous enseigne dans la Bhagavad Gita et c’est le fondement même de la spiritualité. Bien qu’il s’agisse d’un principe très courant et bien que presque tout le monde en ait entendu parler, et bien qu’il soit cité et discuté par tout le monde à certaines occasions spéciales comme la mort, c’est néanmoins l’un des principes les plus mal appliqués dans la vie pratique.

Lors de ma première rencontre avec une organisation spirituelle, ce concept m’a été prêché avec beaucoup d’enthousiasme. Je n’ai eu aucun problème à l’accepter, mais la conséquence de cela est que ma santé s’en est trouvée très affectée pendant de nombreuses années et ce, jusqu’à ce jour.

Voici ma  propre expérience avec ce principe

L’on m’a dit que comme nous ne sommes pas ce corps, nous ne devrions pas perdre trop de temps à nous en occuper. Prendre soin de son corps était tabou. C’était « maya », ce qui était un mot terrible. L’on nous a donné des exemples de grands dévots qui ne vivaient que d’une tasse de babeurre et ne dormaient que quelques heures la nuit. Ces dévots étaient notre idéal, nous devions être comme eux. L’on nous disait que si nous tombions malades, nous ne devions pas y prêter trop d’attention. Encore une fois, l’on nous a donné des exemples de grands dévots qui continuaient à faire leur seva alors même qu’ils souffraient physiquement.

En voulant être à la hauteur de ces idéaux, j’ai essayé d’ignorer mon corps. Je sautais volontairement mon dîner parce que j’étais un brahmachari, et l’on me disait de ne pas manger la nuit sinon mon mental serait sexuellement agité. Même mes douleurs de faim nuit après nuit ne m’ont pas découragé. D’autres mangeaient la nuit, mais je restais résolu à ne pas dévier de cette instruction. J’ai décidé de suivre tous les principes pour atteindre le but ultime.

Je dormais le moins possible, je me réveillais vers 2 heures du matin et terminais mes seize tours avant le mangala-arati, qui commençait à 4 h 30 du matin. J’étais jeune, donc mon corps pouvait le supporter pendant un certain temps. Bientôt, cependant, cela a commencé à me poser des problèmes. Par exemple, j’ai contracté un gros rhume en me baignant tôt le matin dans de l’eau glaciale. Bien sûr, j’ai ignoré ce rhume, ce qui a entraîné des acouphènes dans mes deux oreilles. J’ai également commencé à ressentir des brûlures d’estomac et de la constipation. Les ignorer a finalement entraîné une perte d’appétit et un système immunitaire affaibli.

Je me rappelle avoir conduit sur l’autoroute pour recruter des « membres à vie » (mécènes donateurs) et m’être endormi au volant, dérivant ainsi d’une voie à l’autre tout en m’assoupissant parce que je n’étais « pas ce corps » et que je devais donc « réduire au minimum mon sommeil ». Parfois, il m’arrivait de quitter l’autoroute et je me rendais sur un parking pour me reposer car il n’était pas possible de conduire dans cet état-là. J’ai entendu parler de tellement de dévots qui étaient morts dans des accidents de voiture sur l’autoroute. Je me souviens aussi de beaucoup d’autres qui essayaient de minimiser anormalement leurs besoins corporels et, tout comme moi, ont tous fait face à des conséquences désagréables.

Il est vrai que « nous ne sommes pas le corps », mais il est également vrai que « nous sommes dans le corps ». Tous savent qu’ils ne sont pas leur voiture, mais tous en prennent soin. Personne ne veut conduire une voiture qui a de gros problèmes. La vie est un voyage et le corps est le véhicule, donc si nous voulons vraiment atteindre notre destination, nous devons garder ce véhicule en bon état de fonctionnement. Nous ne devrions pas perdre tout notre temps là-dessus, mais nous ne devrions pas non plus basculer à l’autre extrémité du spectre et le négliger complètement.

Durant mes premières années dans cette organisation spirituelle, l’on nous a également dit que le corps était le temple de Krishna et que c’est pour cette raison que nous mettions du tilaka dessus, mais l’on ne nous a pas dit d’en prendre soin comme d’un temple. C’est très étrange ! L’on nous a également dit que prendre naissance dans un corps humain était une chose très rare et précieuse. Pourtant, l’on nous a demandé de ne pas trop prendre soin de cet objet si précieux.

En vérité, nous devons respecter notre corps. C’est une création étonnante de Krishna. Si nous devons utiliser ce corps pour servir Krishna, alors nous devons le garder en bonne santé ! Nous n’offririons pas aux déités d’objet impur, dysfonctionnel ou cassé non plus. Il y a un dicton dans le tantra qui dit : « devo bhūtvā devaṁ yajet » – « l’on doit adorer le divin en devenant d’abord divin soi-même ».

Si nous nous sommes abandonnés à Krishna, alors notre corps doit Lui appartenir. Et s’il Lui appartient, il doit être protégé comme un objet précieux. Ainsi, prendre soin de notre corps est une partie cruciale du chemin spirituel, car cela nous aidera à rester en bonne santé et être forts afin de pouvoir nous engager dans notre service avec un esprit stable.

Cela peut ne pas sembler juste, mais nous devons d’abord prendre soin de nous-mêmes. C’est comme les consignes de sécurité qu’on entend avant le décollage d’un avion : « En cas de dépressurisation, un masque à oxygène tombera automatiquement à votre portée. Mettez-le d’abord, puis occupez-vous de votre enfant ». Cela s’explique par le simple fait que si nous négligeons de nous servir nous-mêmes correctement, nous ne pourrons pas servir correctement quelqu’un d’autre. La plupart d’entre nous font le contraire et se sentent coupables du peu d’attention qu’ils s’accordent. Nous devons nous débarrasser de cette culpabilité afin de devenir plus intégrés et être en bonne santé.

L’ayurveda dit qu’une bonne santé est le fondement du succès dans l’une des quatre activités de la vie : « dharma-artha-kāma-mokṣāṇām ārogyam mūlam uttamam ». Sans être en bonne santé, nous ne pouvons pas réussir spirituellement ou matériellement.

Par conséquent, Shri Krishna conseille de suivre la voie du milieu et de ne pas être un extrémiste (BG 6.16-17) :

« Ô Arjuna, il n’est pas question de réussir en yoga pour celui qui mange trop ou qui s’en abstient à l’extrême, ni pour celui qui dort excessivement ou qui reste éveillé à l’extrême. Pour celui qui est modéré dans l’alimentation et les loisirs, qui est méthodique dans l’exécution des actions, réglementé dans le sommeil et l’éveil, la pratique du yoga dissipe toute misère ».

C’est un très bon conseil, l’on peut rester en bonne santé si l’on mange, dort et se détend de manière équilibrée. L’ayurveda dit également que la nourriture, le sommeil et le célibat sont les trois piliers de la santé. Tout comme un bâtiment repose sur des piliers, notre santé repose sur ces trois choses. Se ces piliers sont affaiblis par négligence ou par des habitudes extrêmes, alors notre santé en souffrira.

Une histoire de la vie de Bouddha

Cela est illustré par un évènement qui a eu lieu dans la vie de Bouddha. Un prince devint son disciple. Étant une personne royale, le prince avait un gros ego, il voulait de ce fait être le meilleur disciple de Bouddha. Si d’autres moines mangeaient deux fois par jour, il ne mangeait qu’une seule fois. S’ils se réveillaient à 5 heures du matin, il se réveillait à 4 heures du matin. S’ils s’asseyaient à l’ombre, il s’asseyait au soleil. Tout le monde s’émerveillait de son austérité. Ils ne pouvaient pas croire qu’une personne qui avait vécu toute sa vie dans le confort pût tolérer autant.

Bientôt, le corps du prince devint amaigri. Un jour, alors qu’il était assis seul, Bouddha s’approcha de lui et lui posa une question : « Aimais-tu la musique quand tu étais prince ? » 

Le prince-moine répondit : « Oui bien sûr. J’étais un bon joueur de vina ».

Bouddha demanda ensuite : « Dis-moi, si les cordes de la vina sont trop tendues, sera-t-il facile d’en jouer ? »

Le prince répondit : « Certainement pas. Il sera très difficile de tirer les cordes en jouant ».

Alors, Bouddha demanda : « Et si les cordes sont trop détendues ? »

Le prince dit : « Alors l’on ne pourra presque rien jouer du tout ».

En entendant cela, Bouddha sourit et dit : « Regarde, mon cher prince, ce corps est comme une vina. En tant que prince, tu avais trop de plaisir. En tant que moine, tu es trop austère. Les deux ne sont pas bons pour l’illumination. Suis la vie de la modération ».

Une question peut être soulevée ici. Qu’en est-il des grands dévots qui menaient une vie très austère ? Ne sommes-nous pas censés suivre leur exemple ? La réponse est la suivante : pour ces grands dévots, la vie austère n’était pas une pratique mais le résultat de leur état spirituel avancé. Ils étaient tellement absorbés dans les pensées sur Krishna qu’ils étaient incapables de se concentrer sur le soin de leur corps. Le renoncement est un résultat naturel de la bhakti. Lorsque vous aurez eu le même genre de bhakti qu’ils ont, vous deviendrez naturellement et joyeusement renoncés comme eux. Mais jusque-là, vous devez prendre soin de votre santé et être modéré.

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