Sages et technologie

Les sages indiens étaient des êtres très évolués, hautement intelligents ; pourquoi alors n’ont-ils pas inventé la technologie moderne, comme la voiture, l’ordinateur, le téléphone portable ou les vaccins contre diverses maladies ?

Question : Les sages indiens étaient des êtres très évolués, hautement intelligents ; pourquoi alors n’ont-ils pas inventé la technologie moderne, comme la voiture, l’ordinateur, le téléphone portable ou les vaccins contre diverses maladies ?

Réponse : Il existe un dicton populaire en sanskrit : ātmavān manyate jagat,  « chacun voit le monde selon sa propre perspective ». C’est naturel. Il n’y a pas d’autre manière de voir le monde. Nous percevons et interprétons les choses en fonction de notre propre expérience. C’est ainsi que fonctionnent notre esprit (manas) et notre intellect (buddhi).

À l’époque actuelle, nous vivons à l’ère de la science et de la technologie. Nous pouvons constater combien elles ont amélioré nos vies. Elles ont apporté un immense confort. Nous exerçons un meilleur contrôle sur la nature. Nous pouvons communiquer plus rapidement et sur de longues distances. La vie semble impossible sans les diverses commodités et les gadgets que la science et la technologie nous ont offerts. Nous avons été témoins de nombreux changements, au cours de notre propre existence, dus aux inventions scientifiques. De nouveaux appareils apparaissent sans cesse sur le marché. L’intelligence artificielle accomplit des merveilles. Nous ne pouvons même pas imaginer ce que sera la vie dans cinquante ans.

En observant tout cela, une question naturelle se pose : pourquoi les sages indiens, qui ont su élaborer le yoga, l’āyurveda, le jyotiṣa et diverses formes d’arts raffinés, n’ont-ils rien produit de comparable aux dispositifs modernes ou aux machines destinées à rendre la vie humaine plus confortable ?

La réponse consiste en le fait que notre action ou engagement (pravṛtti) dépend de notre but (prayojana). Mais on pourrait objecter que l’objectif de la science ne semble pas différent de celui des sages. La science œuvre à rendre nos vies confortables et heureuses. Les sages, eux aussi, visaient la mukti, c’est-à-dire la libération de toute souffrance. Alors, où se situe la différence ?

La différence se trouve dans l’approche. Bien que les deux visent à atteindre un bonheur exempt de toute souffrance, leurs démarches sont très différentes. La cause principale de cette divergence demeure dans la différence fondamentale entre la compréhension de la vie selon la science et celle des sages.

La science moderne considère qu’il n’y a pas de vie après la mort. On ne vit qu’une seule fois (YOLO, de l’anglais “You Only Live Once” qui signifie « On ne vit qu’une fois »). Il n’existe pas de créateur de l’univers. Il n’y a pas de loi du karma. Les sages, en revanche, ont une opinion différente. Ils considèrent que la vie est éternelle. À partir de cette divergence naissent deux approches distinctes. Cela est exprimé de manière concise par Śrī Kṛṣṇa dans la Bhagavad Gītā (5.21, 22) :

bāhya-sparśeṣv asaktātmā vindaty ātmani yat sukham
sa brahma-yoga-yuktātmā sukham akṣayam aśnute

« Celui dont la psyché demeure détachée des objets sensoriels externes atteint ce bonheur qui est intrinsèque à l’ātmā. Un tel être, uni au Brahman par le yoga, goûte une félicité impérissable ».

ye hi saṁsparśa-jā bhogā duḥkha-yonaya eva te
ādy-antavantaḥ kaunteya na teṣu ramate budhaḥ

« Les jouissances nées du contact des sens sont en vérité des sources de souffrance. Ô Arjuna, elles ont un commencement et une fin ; c’est pourquoi le sage ne s’y complaît pas ».

Le premier verset suggère l’approche des sages, tandis que le second évoque celle de la science, laquelle est déconseillée aux êtres intelligents. Les sages ont, de toute évidence, évité cette seconde voie, car elle conduit ultimement à la souffrance. Du point de vue de la science, cela reste bien sûr discutable : un adepte de la science ne l’acceptera pas.

Cependant, il est proposé de ne pas être partial dans un sens ou dans l’autre. Il ne s’agit pas d’accepter aveuglément la première approche, mais de ne pas non plus la rejeter sans un examen approfondi. À ce sujet, il existe un conseil judicieux :

purāṇamityeva na sadhu sarvaṁ na cāpi navam ity avadyam
santaḥ parīkṣyānyatarat bhajante mūḍhaḥ para-pratyaya-neya-buddhiḥ

« Tout ce qui est ancien n’est pas nécessairement bon, ni tout ce qui est nouveau à rejeter. Les sages examinent et adoptent ce qui est juste, tandis que les ignorants se laissent guider par l’opinion d’autrui ». (Le Mālavikāgnimitram 1.2)

Dans notre contexte actuel, nous pouvons dire que tout ce qui est ancien – c’est-à-dire issu des śāstras – n’est pas dénué de valeur, et que toute invention de la science n’est pas nécessairement une bénédiction pour l’humanité.

De manière générale, j’observe qu’il existe trois types de personnes. Le premier regroupe ceux qui ne croient qu’aux śāstras. Ils rejettent tout ce que la science a découvert. J’ai rencontré des personnes qui pensent que la Terre est plate, que le Soleil tourne autour de la Terre, que la Lune est au-delà du Soleil, etc.

Le deuxième type est constitué de ceux qui rejettent complètement les śāstras. Ils n’acceptent que ce qui est décrit dans les ouvrages scientifiques. Tout le savoir śāstrique est, selon eux, mythique et sans valeur.

Enfin, il y a un troisième type, qui accepte les deux. Mais certains points présentent des divergences entre la science et les śāstras. Comment, dès lors, concilier les deux ? À ce sujet, les opinions divergent. Certains choisissent toujours la science au détriment des śāstras, d’autres font l’inverse, et d’autres encore adoptent une approche différente. Ceux-ci considèrent que certains principes des śāstras sont non négociables et ne peuvent ainsi être invalidés par la science, d’autant plus que la science n’a rien à dire sur ces sujets d’un point de vue strictement scientifique.

Par exemple, le principe selon lequel l’ātmā est distinct du corps. En revanche, il existe d’autres domaines où les śāstras ne sont pas très explicites, voire restent silencieux. Dans ces cas, le savoir scientifique est acceptable. Dans certains domaines, les énoncés śāstriques peuvent être interprétés à la lumière de la science, et dans d’autres, c’est l’inverse.

En gardant tout cela à l’esprit, ma réponse à la question initiale est que les sages de l’Inde n’ont pas inventé de machines ou de gadgets comme l’a fait la science moderne, car leur vision de la vie était différente. Ils avaient une approche holistique et se préoccupaient profondément de l’équilibre entre la vie individuelle, la société et la nature.

Selon leur perspective, les inventions modernes perturbent la nature. Cela se manifeste dans l’état actuel de la terre, de l’eau, du feu, de l’air et de l’espace : les cinq mahābhūta. Tous ont été pollués par la technologie moderne, au point que notre propre existence est en danger. De nombreuses espèces animales, d’oiseaux et d’êtres aquatiques ont disparu. Il en va de même pour la faune et la flore.

Cela se répercute finalement au niveau social et individuel. On peut observer qu’aujourd’hui, la vie est peut-être plus confortable sur le plan physique, mais qu’il existe une profonde perturbation au niveau psychologique. Or, ce trouble psychique constitue un obstacle majeur à l’objectif ultime de la vie tel que l’envisageaient les sages.

En effet, Manu, l’auteur de la Manu-smṛti, considère que l’invention de machines destinées à remplacer les êtres humains est une action fautive (pāpa). C’est pourquoi les sages indiens n’ont pas conçu de machines ou de gadgets destinés à être commercialisés. Ils ont plutôt évoqué certaines capacités extraordinaires qu’un individu peut acquérir par une pratique personnelle (sādhana).

Ainsi, il n’y avait ni abus ni exploitation des ressources naturelles.

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