
Nous possédons à la fois des sens externes et des sens internes. Tout ce qui est expérimenté au moyen des sens produit une impression, ou saṁskāra, dans le cœur (citta).
Nous possédons à la fois des sens externes et des sens internes. Tout ce qui est expérimenté au moyen des sens produit une impression, ou saṁskāra, dans le cœur (citta). La cognition est de deux types : l’une est immédiate (anubhavātmaka), l’autre est mémorielle (smaraṇātmaka). L’expérience immédiate provient de la perception directe (pratyakṣa), de l’inférence (anumāna) ou d’un énoncé verbal (śabda). L’expérience mémorielle, quant à elle, naît des saṁskāras déposés dans le citta. Lorsqu’un saṁskāra surgit dans l’esprit, on parle de souvenir ou de réminiscence. Un saṁskāra peut s’activer pour diverses raisons, par exemple en raison d’une similitude avec une expérience présente. Le Nyāya Sūtra de Gautama (3.2.42) énumère vingt-six facteurs susceptibles d’activer un saṁskāra. Chacun de ces facteurs peut, à son tour, être de deux types : valide (pramā) ou invalide (apramā).
Les saṁskāras jouent un rôle extrêmement important dans notre existence. En vérité, c’est uniquement grâce aux saṁskāras que nous sommes en mesure de fonctionner dans la vie quotidienne. Lorsque nous percevons quelque chose directement par l’intermédiaire de nos sens, nous n’éprouvons pas seulement des sensations : nous les reconnaissons également en faisant correspondre ces sensations avec nos saṁskāras antérieurs. Par exemple, lorsque vous voyez un parent ou un ami, vous ne vous contentez pas de percevoir cette personne avec vos yeux : vous recourez aussi à vos saṁskāras pour la reconnaître. Ce processus se produit en une fraction d’instant, en un clin d’œil ; c’est pourquoi nous avons l’impression qu’il s’agit simplement d’une perception extérieure.
En revanche, lorsque nous voyons pour la première fois un objet inconnu, nous ne savons pas ce qu’il est, car nous ne possédons aucun saṁskāra auquel le rapporter et ne pouvons pas, de ce fait, l’identifier. Nous le percevons, mais nous ne pouvons pas le reconnaître. Même lorsque nous voyons une personne ou un objet que nous avons déjà rencontrés auparavant, il peut arriver que nous ne les reconnaissions pas si le saṁskāra correspondant ne surgit pas dans l’esprit. Ainsi, il arrive parfois que nous rencontrions quelqu’un que nous avons déjà vu sans pour autant le reconnaître. Toutefois, si cette personne nous rappelle notre rencontre précédente, nous pouvons soudain nous en souvenir. Cela se produit parce que son rappel active le saṁskāra qui demeurait latent. Si, toutefois, le saṁskāra est enfoui profondément dans le citta, il se peut que nous ne nous souvenions pas même après qu’on nous l’a rappelé.
C’est précisément ce qui se produit dans le cas des personnes atteintes de démence. Dans les cas graves, certaines personnes peuvent être incapables de reconnaître même leurs proches les plus intimes. Les saṁskāras associés à ces proches ne s’activent pas, même lorsque ceux-ci se tiennent directement devant elles. Cela ne signifie pas que les saṁskāras aient été effacés. Simplement, ils ne s’activent pas. Une explication possible est que la personne ne ressent plus l’affection qu’elle s’attendrait normalement à recevoir de ses proches, et que cette situation devient si douloureuse que le système cognitif se ferme lui-même. Il est intéressant de noter que les personnes souffrant de démence sont souvent capables de se souvenir de leur enfance, car, durant l’enfance, elles ont fait l’expérience de l’affection, et c’est précisément ce qu’elles désirent se remémorer.
Une autre caractéristique liée à la manière dont un saṁskāra se manifeste est le poids du saṁskāra. De même qu’en statistique de petits nombres dotés d’un poids plus élevé peuvent avoir plus de valeur que de grands nombres dotés d’un poids moindre, les saṁskāras diffèrent eux aussi par leur force. On peut prendre un autre exemple : celui du Conseil de sécurité des Nations unies, où certains pays, tels que les États-Unis, possèdent un droit de veto alors que d’autres ne le possèdent pas. Même si les autres États membres votent en faveur d’une décision, un seul vote opposé d’un pays disposant du droit de veto prévaut.
De la même manière, tous les saṁskāras ne possèdent pas une force égale : certains sont plus puissants que d’autres. Plusieurs facteurs confèrent de la force à un saṁskāra. Le premier est la répétition. Si l’on accomplit quelque chose de manière répétée, le saṁskāra correspondant devient plus puissant. C’est pourquoi, lorsque nous voulons mémoriser une formule, un verset sanskrit ou un sūtra, nous le récitons à plusieurs reprises. Plus la répétition est grande, plus le saṁskāra se renforce.
Un autre facteur est la concentration. Lorsque nous nous concentrons intensément sur quelque chose, le saṁskāra correspondant devient plus puissant. Cette concentration peut être volontaire ou involontaire. Lorsque nous cherchons à mémoriser des ślokas sanskrits, nous nous concentrons volontairement. Mais certaines choses attirent naturellement notre attention sans effort. Les émotions ont le pouvoir de capter notre attention. Les émotions positives comme les émotions négatives peuvent concentrer profondément l’esprit. C’est pourquoi nous avons tendance à nous souvenir à la fois des expériences plaisantes et des expériences traumatiques.
Tout ce que nous goûtons profondément laisse un saṁskāra puissant dans notre citta. Deux saṁskāras particulièrement puissants sont liés à la nourriture et à la sexualité. Ainsi, il n’est pas aisé de s’en libérer. Cela est souvent éprouvé par les personnes engagées sur une voie spirituelle et qui souhaitent dépasser les conditionnements matériels associés à ces impulsions.
Les expériences traumatiques créent également des saṁskāras profonds dans le citta, en particulier celles qui remontent à l’enfance. Nous oublions souvent l’événement traumatique lui-même, car il est trop douloureux de s’en souvenir, et l’esprit cherche naturellement à éviter la souffrance. Cependant, cela ne signifie pas que le saṁskāra du traumatisme soit effacé ou détruit. On dit communément que « le temps guérit toutes les blessures », mais cela n’est pas entièrement exact. Le temps ne guérit pas : il ne fait que dissimuler. Les saṁskāras demeurent cachés dans le citta et peuvent influencer automatiquement notre comportement à l’âge adulte, à la manière de logiciels fonctionnant dans un ordinateur.
Dans certaines circonstances, un saṁskāra peut être déclenché sans que nous en ayons conscience ; nous nous comportons alors exactement comme nous le faisions lorsque l’événement originel s’est produit dans l’enfance. Par exemple, une personne qui a éprouvé de la peur durant son enfance peut développer à l’âge adulte une phobie liée à cette expérience. Lorsqu’une situation déclenche cette phobie, le saṁskāra s’active, et la personne peut se comporter de manière irrationnelle, presque comme si elle redevenait l’enfant qui avait initialement éprouvé cette peur.
Sur la voie spirituelle, les saṁskāras peuvent constituer des obstacles. À cause d’eux, nous agissons de manière conditionnée et nous nous impliquons davantage encore par des actions issues de ce conditionnement. Cela est appelé la servitude du karma. Deux des saṁskāras les plus courants sont rāga (attachement) et dveṣa (aversion). C’est pourquoi Śrī Kṛṣṇa nous exhorte à maintes reprises à agir sans rāga ni dveṣa. Pourtant nous devons agir, car nul ne peut vivre sans accomplir d’action. Ainsi Śrī Kṛṣṇa nous enseigne d’agir sans attachement :
tasmād asaktaḥ satataṁ kāryaṁ karma samācara
asakto hi ācaran karma param āpnoti pūruṣaḥ
« Par conséquent, accomplis toujours l’action qui doit être faite, sans attachement. En accomplissant l’action sans attachement, l’être humain atteint assurément le but suprême » (Gītā 3.20).
En général, l’accomplissement répété d’une action approfondit le saṁskāra correspondant. Cependant, si l’action est accomplie sans attachement, elle n’ajoute aucun poids au saṁskāra et demeure par conséquent neutre. Une personne ordinaire agit avec quelque motif et, de surcroît, avec attachement. Pour cette raison, les saṁskāras qui en proviennent ne sont pas neutres et deviennent la cause de l’asservissement. Śrī Kṛṣṇa nous enseigne comment agir sans devenir liés par l’action. Cela est appelé karma-yoga.
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